Avant l'hôpital militaire Villemin il y a eu le couvent des Recollets comme il y a eu le couvent du Val-de-Grâce avant l'hôpital du même nom. Ce couvent est fondé au début du XVIIème siècle par les frères mineurs Récollets. Il est autorisé par le roi Henri IV en 1604 sur un terrain donné par Jacques Cotard marchand et maître tapissier demeurant rue neuve Saint-Méderic actuellement rue Saint Merri. C'est Marie de Médicis (1578-1642) épouse du roi Henri IV et sa veuve depuis 1610 qui pose la première pierre de ce couvent le 30 août 1614.
Le couvent est dotée d'un bibliothèque réputée (1). Les Récollets font partie des ordres mendiants de droit pontifical appartenant à l'Ordre des Franciscains. Ils vivent en autarcie dans un cadre verdoyant qui leur permet de profiter de leurs récoltes, de prier et de se recueillir (recollation : état de profonde méditation et de pière). Le couvent accueille jusqu'à 200 moines au début du XVIIème siècle
En 1730 l'architecte Robert de Cotte (1656-1735), construit sa façade sur le square selon les canons de l'architecture classique. Robert de Cotte est premier architecte du Roi Louis XIV en 1708, c'est l'un des plus grands architecte de l'époque.
En 1790 à la Révolution les moines ne sont plus qu'une trentaine et comme de très nombreux sites religieux français le couvent est fermé et pillé. L'ordre sera dissous un an plus tard en 1791. Le couvent est alors réquisitionné pour loger le 21ème bataillon de la 3ème division des Grenadiers de la Garde Nationale.
En 1794 il devient un atelier de filature sous le nom d'atelier des recollets". Il rassemble environ 1200 femmes et enfants. lesconditions de travail étaient particulièrement dures et la vie difficile. Cet filature faisait parie des "ateliers de secours" mis en place par les autorités révolutionnaires pour occuper les femmes et enfants "indigents" de Paris. Les rémunérations à la tache étaient particulièrement basses.en fonction de la quantité et de la quantité des fils (coton, chanvre ou lin) produites durant le 10 à12 heures de travail.
Le 9 Thermidor, An 2 (27 juillet 1794) que la Convention décide sa transformation en un hôpital-hospice d’incurables Hommes. ?
A partir de 1802 sous le Consulat le site est transformé en "hospice des incurables hommes". Les bâtiments sont remaniés, la chapelle est réduite et dotée d'une façade néoclassique.
En 1860 par décret l'hospice des incurables hommes est transféré du contrôle de l'assistance publique vers celui du ministère de la Guerre et devient l'hôpital militaire Saint-Martin. Les patients présents sont transférés à l'Hospice des incurables d'Ivry. Des travaux sont engagés, un niveau est ajouté et la façade est unifié.
C'est en 1863 qu'apparaisent les trois premiers pharmaciens militaire à l'hôpital Saint-Martin sur l'annuaire militaire de la république française. Ce sont Léon Monsel Pharmacien aide-major de 2ème classe et deux Pharmaciens sous-aide de 1er classe Chrétien Albert Fetsch et Georges Strohl, en 1864 Felsh est remplacé par le Pharmacien aide-major de 1er classe Auguste Judicis.
Lors de la Commune sa situation à proximité des barricades lui fait vivre des journées chaudes.
Des médecins ont marqué ces lieux durant la Commune de Paris. Dans cet hôpital, Alphonse Laveran (1845-1922), médecin militaire est nommé en octobre 1868. Lorsque la guerre éclate en 1870 il rejoint le front et il y est fait prisonnier avant de retourner en mars 1871 à l'hôpital militaire Saint-Martin comme médecin-aide-major pour y soigner les blessés de la Commune. Il le quitte en 1873. Il deviendra professeur du Val-de-Grâce et prix Nobel de médecine pour sa découverte de l'hématozoaire du paludisme en 1880.
Le docteur Paul Ferdinand Gachet (1828-1909) s'engage dans la garde nationale en 1864 et il est élevé au grade de chirurgien aide-major. En février 1871 il est affecté aux ambulances du 9ème bataillon de la garde nationale puis il est nommé médecin en chef de l'hôpital militaire Saint-Martin le précédent médecin en chef le docteur Cabrol, ayant sa tête à prix. Il est reconnu pour avoir eu une conduite exemplaire durant la Commune. Le docteur Gachet met au point un liquide antiseptique pour soigner les plaies par arme à feu le "vulnéraire du docteur Gachet" Mais le, docteurn Gachet est surtout connu pour sa proximité et son mécénat avec de nombreux peintres à Auvers-sur-Oise : Camille Pizarro, Paul Cezanne, Claude Monet ou encore Auguste Renoir et surtout Vincent Van Gogh.
En 1873 l'annuaire militaire de la république française décrit 5 pharmaciens militaires : Noel-Eugène Latour Pharmacien Principal de 2ème classe, François-Louis Courant Pharmacien-Major de 1er classe, Prosper-Ferdinand Warnier Pharmacien Major de 2ème classe, et deux aides-majors de 2ème classe, Charles François Leroy et François Clément.
En 1913, l'hôpital militaire Saint-Martin prend le nom d'hôpital militaire Villemin en hommage à Jean-Antoine Villemin. Jean-Antoine Villemin (1827-1892) est un médecin militaire pionnier dans la démonstration de la contagion de la tuberculose qu'il décrit dans un mémoire à l'Académie de médecine le 5 décembre 1865 soit dix-sept ans avant que Koch n’en isole le germe. (Ferrandis)
Durant la guerre de 14-18 du fait de sa proximité avec les gares du Nord et de l'Est l'hôpital militaire Villemin accueille les blessés et devient un centre de soins et de triage.
Sous l'impulsion des médecins principaux de réserve Gaucher et Lejars tout les deux professeurs à la faculté de médecine de Paris l'hôpital fonctionne à plein rendement malgré les difficultés. Du 2 août 1914 à 1918, 30 546 hospitalisés passent et son traités dans cet hôpital. jef.
L'hôpital fonctionne même comme un HoE (Hôpital Origine d'Etapes) en fait un Hôpital d'évacuation recevant directement des blessés provenant du front via les gares de l'Est et du Nord notamment en septembre 1914 durant la bataille de la Marne, en septembre 1915 durant les affaires de Champagne et en 1918 à partir du 15 avril.
Les trois autres hôpitaux militaires parisiens et d'Ile de France alors en activité sont le Val-de-Grace à Paris, Bégin à Saint-Mandé et Dominique Larrey à Versailles, celui du Gros-Caillou ayant fermé en 1894.
En 1918, lors de deux premières journées du bombardement de Paris par des canons à longue portée, le 23 mars le premier obus de la "Grosse Bertha" tombe devanr la gare de l'Est tuant cinq soldats permisionnaires dont les dépouilles sont transportés à l'hôpital Villemin, George Clemenceau Président du Conseil vint aussitôt saluer les victimes.
Le lendemain le 24 mars 1918, vers huit heures trente un obus attribué à la "Grosse Bertha" explose près de la porte d'entrée blessant le Médecin Major Delpierre, médecin traitant de la division des contagieux et sénateur de l'Aisne. Georges Clemenceau vient dans la matinée lui remettre la Croix de Guerre.
Après l'Armisticee de 1918, l'hôpital continue son activité dans le triage et le traitement des blessés recevant les patients des unités casernés dans la région parisienne et ceux évacués de la zone d'occupation française en Allemagne.
En 1926, la construction de l'avenue de Verdun et l'élargissement de la rue du Faubourg Saint-Martin conduisent à la destruction d'une partie du cloître.
L'hôpital est fermé en 1968 du fait de sa vétusté, le site connaît dans les années 1970 une nouvelle vie en devenant un espace d’occupation pour l’École d’Architecture Paris Villemin. A partir de 1990, il connaît quelques heures de gloire artistique grâce à un squat d’artistes dénommé « Les Anges des Récollets », qui donnent naissance à une "mémoire artistique vivante".
Leur passage éphémère reste encore présent comme en témoigne de nombreuses œuvres disséminées sur le site qui peuvent être découvertes au hasard d'une déambulation.
En 1974, les bâtiments sont partiellement classés. En 1992, un incendie ravage une partie des lieux : une restauration préserve les fresques des artistes squatteurs. Le site est fermé et son avenir est très incertain.
En 2000, devant la dégradation du site, la Ville de Paris souhaite le restructurer et elle organise un concours en ce sens. C'est l’équipe d’architectes Bernard Reichen et Philippe Robert, en collaboration avec la Régie Immobilière de la Ville de Paris (RIVP ) qui remporte le projet. Leur but est de transformer le site en résidence à l’image de la Villa Médicis, souhait de Michel Lombardini PDG de la RIVP à l'époque. (4)
Inauguré en juillet 2003 ce site devient une résidence internationale "centre international d'accueil à vocation culturelle" avec 81 studios destinés aux artistes et chercheurs devant séjourner à Paris.
Deux architectes Thomas Corbasson et Karine Chartier sont responsables de l'aménagement intérieur de la Maison de l'Architecture avec un espace d'exposition, des bureaux, ainsi que des salles de réunions et de réceptions, maison ouverte en 2004. Y siège également le Conseil régional de l'Ordre des architectes d'Ile de France.
C'est la Régie immobilière de Paris qui gère actuellement ce patrimoine immobilier symbole de la reconversion de lieux historiques en espaces contemporains (1).
La porte monumentale du XVIII ème siècle subsiste au 8 rue des Récollets dans le xème arrondissement. Les façades, les toitures et l'escalier intérieur avec sa rampe en fer forgé du bâtiment subsistent aussi du XVIIIe siècle. Le jardin historique qui est séparé du couvent est devenu le jardin Villemin ouvert à la population.
Bibliographie
1 Ancien couvent des Récollets ou ancien hôpital Villemin | Musée du Patrimoine de France
2 paris-promeneurs.com. couvent Récollets rue faubourg Saint-Martin Paris 10
3 Duclert (Ariane), Guide du promeneur 10e arrondissement, Paris, Parigramme, 1996.
Jean-Jacques Ferrandis. Hommage à Villemin. Histoire des sciences médicales. 1963. Tome XXVII; 1, 23-30.
François Lamarre. Hôpital Villemin : vocation culturelle confirmée. Les Echos. 3 mai 2003.
4 https://www.centre-les-recollets.com/
Les Recollets un lieu d'histoire. maisonarchitecture-idf.org
JEF52 Historique 14-18 de l'hopital Villemin ( Paris 10ème) - Forum PAGES 14-18 2007/11/19
Lejars. un hôpital militaire durant la guerre. Villemin 1914-1919. 1923. Masson Ed. Paris. 364p.